Trois photos de découpe de marionnettes

 

Quatre photos de peinture de marionnettes

 

Mr Edhy Wahyudi fabricant de marionnettes émérite et négociateur sans scrupules

Finitions de peinture d'un Ganesha (dieu à tête d'éléphant)

 

Processus de fabrication des marionnettes

Les marionnettes sont de taille variables, les plus petites étant les personnages féminins, qui ont à peine 20cm comme Sinta, l’épouse du prince Rama. Dans ce cas elle est faite de cuir de mouton ou de chèvre car l’habituelle peau de buffle serait bien trop épaisse.  La plus grande marionnette est la forme de Kumbukarno aux cheveux ébouriffés et elle fait plus de 2m de haut. Il est évident que dans ce cas particulier seule une peau de buffle sera assez rigide pour supporter son propre poids, et encore il faut trouver pour cela un animal assez grand.

Le processus de fabrication pour un atelier de marionnette consiste donc à approvisionner des peaux de cuir, d’en découper la silhouette à l’aide d’un patron du personnage, puis d’en dessiner les principaux détails à l’aide d’un crayon. A partir de là un ouvrier expérimenté peut réaliser toutes les découpes de la marionnette sur le cuir brut.

Ce travail nécessite de la force physique, il est donc réservé aux hommes. Il se fait à l’aide de petits outils et d’emporte pièces de la taille de 3 à 5mm, la pièce de cuir étant posée sur un support en bois. L’outillage de découpe est fabriqué à partir de vieilles pièces de motos. Une fois toutes les découpes réalisées l’ouvrier ponce sa marionnette sur les deux faces puis l’enduit d’un jus orange qui est composé d’eau dans laquelle on dissout des paillettes de jus d’un fruit local. Cette étape sert à imperméabiliser la pièce de cuir, à boucher ses pores et facilite l’accroche de la peinture.

La phase de peinture fait intervenir indifféremment des hommes et des femmes. Dans le passé les couleurs provenaient de produits naturels recueillis localement, et même de feuilles d’or collées avec une colle de peau de poisson, mais de nos jours les stylos feutres et surtout les gouaches modernes permettent d’obtenir une qualité quasi équivalente. Comme montré plus haut certains détails sont faits avec des pinceaux équipé d’un seul poil de chat.

Après séchage la marionnette est rigidifiée par le bâton de manipulation, qui est fait d’une corne de buffle étirée à chaud. Le bâton se prolonge par une sorte de tige plus ou moins longue, faite dans la corne même et qui est attachée solidairement à la marionnette, tout au long de ses pieds, de son tronc et jusqu’au sommet de sa tête. Ceci a pour effet d’arrimer solidement le bâton et de rigidifier le tout. Deux autres bâtonnets en corne sont attachés aux mains pour pouvoir contrôler les gestes du personnage. Les articulations des épaules sont d’ailleurs le plus souvent les seuls degrés de liberté du tout.

Couleurs et formes des marionnettes

Presque tous les élements de décoration des marionnettes sont très précisément définis: Taille et forme du corps, taille et forme des bijous portés (bracelets, bagues royales, couronnes et pierres précieuses des rois et princes). Les armes sont bien entendu importantes, tout noble qui se respecte porte le kriss, le poignard traditionnel. Certains personnages ont des couleurs spécifiques, ainsi Arjuna a une tête noire, le singe Hanoman tout le corps blanc. Il existe des versions simplifiées où presque tous les corps sont faits de peinture dorée, toutefois on respecte les couleurs des personnages dont la couleur est spécifique. La marionnette peut être parée d'habits, d'une écharpe et d'autres étoffes traditionnelles. Presque toutes dans ce cas là est vétue d'un batik dont les motifs sont habituellement ceux qui sont en cours dans le village ou la ville de fabrication.

Il existe des détails bien spécifiques qui informent sur la nature ou le caractère d'un personnage: ainsi les bon ont des traits fins (yeux, nez et visages) alors que les méchants ont des yeux globuleux et des traits grossiers. Mais un bon personnage peut avoir aussi une forme grossière, par exemple s'il est en colère, ce qui pour un indonésien qui se respecte est parfaitement inadmissible venant d'un homme de bien.

Certains personnages ont aussi une forme par fonction: la forme "standard ou de tous les jours", et la forme royale par exemple.... ces formes peuvent avoir des tailles différentes.


Composition de la troupe

Le principal personnage de la troupe est le marionnettiste, ou dalang. Il est chargé de manipuler toutes les marionnettes que l’on voit sur l’écran (parfois il a un ou deux aides qui lui passe les personnages), il doit également faire toutes les voix, il est aussi le récitant. A son pied il accroche une sorte de clochette qu’il tape sur une boite à marionnettes en bois pour donner le rythme à l’orchestre (le gamelan). Une ou plusieurs chanteuses qui ponctuent l’action de temps en temps complètent la troupe.

Le dalang doit avoir une résistance physique à toute épreuve pour tenir dans ces conditions les 9 heures d’un spectacle traditionnel, il doit parfaitement connaître ses classiques en javanais ancien, ou kawi (même si beaucoup de représentations se font en javanais contemporain) et avoir son propres répertoire de blagues et d’anecdotes qui feront le plus grand plaisir de son public. Enfin il est d’autant plus connu et célèbre qu’il a une belle voix.

Comme le spectacle a une signification religieuse, philosophique et même magique, et compte tenu de tous ses talents, un dalang est un personnage public particulièrement vénéré.

Déroulement du spectacle

Le spectacle commence toujours de la même manière: le dalang doit d'abord procéder à des rites de purification du théâtre, puis il ouvre sa grande boîte à marionnettes en bois dans laquelle sont rangés les personnages dans un ordre bien précis. La base de l'écran est occupée par un tronc de bananier dans lequel le dalang plante les marionnettes par leur bâton de fixation. Les bons personnages sont placés à droite et les mauvais à gauche. De part et d'autre de l'écran on place un gunungan (ou arbre de vie, cf. plus haut la photo), chacun figurant les limites de la scène, ou ses "portes". Bien entendu pour chaque scène les personnages concernés sont placés entres les gunungans. Un arbre de vie peut également servir à illustrer le temps qui passe, ou le vent qui souffle, selon la manière dont le dalang le manipule. Tout au long de la représentation l'écran est éclairé par une lampe électrique. Dans le passé on utilisait une lampe à huile de coco, mais cette habitude est perdue dans toute l'île de Java.

Le dalang est accompagné pendant tout le spectacle par un orchestre, le gamelan, et un choeur de chanteuses. C'est le dalang qui assure le contrôle et la synchronisation du tout, par sa voix et par le son de sa clochette.

Usuellement les spectateurs se placent du côté du marionnétiste, la coutume voulant que le côté ombre soit réservé au roi et à sa famille. A la fin de la représentation toutes les marionnettes sont remises dans leur boîte dans l'ordre défini par la tradition.

 

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